jeudi 20 janvier 2011

A mon Beyrouth


Il ne faut pas se leurrer, la situation se tend, on ne le perçoit pas encore vraiment concrètement mais l'armée se déploit doucement dans la ville, autour de la résidence du 1er ministre, du parlement et dans certains quartiers. Le Hezbollah montre ses muscles, mardi matin des dizaines de personnes ont pris possession de carrefours et de grands axes routiers, sans arme, juste pour montrer avec quelle facilité ils pourraient bloquer Beyrouth. En 2008 ils ont eu le contrôle de Beyrouth Ouest pendant quelques jours, par les armes cette fois...
Alors on fait quoi? Encore une fois on s'attend à un retour de la violence (à plus ou moins long terme, à mon avis pas pour tout de suite). Et encore une fois le Liban va revenir au centre de l'actualité pour les mêmes raisons que chaque fois depuis 1975, la violence, la guerre, le chaos... Et encore une fois la seule image de ce pays qu'aura l'occident sera celle d'un puzzle communautaire incapable de s'entendre, d'un vaste bordel, de Beyrouth comme un champ de ruine, du terrorisme, de la violence...
Alors avant tout ça je voudrais parler du Beyrouth que je commence a connaître. De tout ce que j'aime ici depuis trois mois déjà. Essayer vainement de combattre les clichés qui collent à la peau du Liban.
Je voudrais dire que les libanais sont extrêmement sympathiques, toutes religions confondues, accueillants et portés sur la rigolade. Qu'il se dégage de ce peuple une force vive que je n'avais senti nulle part ailleurs. Une volonté inaltérable de vivre. Et que non, on ne croise pas des civils armés de Kalashnikov à chaque coin de rue.
Que la vie culturelle est putain de vivante. Qu'il y'a des expos, des concerts, des librairies partout. Que Beyrouth malgré tout est belle. Pas belle comme on l'entend en France, pas belle comme Paris mais belle parce qu'elle recèle du mélange entre ancien et nouveau,entre détruit et reconstruit. Entre Occident et Orient. Et que même si il y'a des bâtiments détruits partout et des buildings tout neufs et aseptisé, lorsque tout cela est baigné de soleil, entouré de ses montagnes aux neiges éternelles et bordé par le bleu tranquille de la mer Beyrouth est belle. Et non ce n'est pas un gigantesque champ de ruine genre Stalingrad à la fin du siège, et je préfère vivre ici qu'a Geugnon, St-Etienne, Le Havre, Roubaix, Amiens... (rayer la mention inutile).
Je n'ai pas encore assisté à des bastons à coup de tessons de bouteilles comme j'en ai déjà vu aux Tiercerettes ou de bagarres de connards ivres morts comme cela arrive régulièrement à St-Pierre. Mais c'est vrai que j'ai peut être eu de la chance, je suis pas là depuis si longtemps que ça. Quoi qu'il en soit je me sent plus serein la nuit seul dans Beyrouth qu'a Paris, et ce malgré un absence quasi totale de policiers.
La vie nocturne ici est la plus animée que j'ai jamais vue, il y'a énormément de bars et boite de nuit. Les libanais sont un peuple de fêtards et ne passent pas leur temps à faire la guerre et non on ne risque pas de prendre une balle dès qu'on met le nez dehors, une cuite par contre c'est plus probable...
Le Liban est un pays magnifique, les montagnes autour de Bécharé sont magiques, les ruines romaines de Baalbek n'ont rien à envier celles que j'ai vu en Italie. Le littoral quoi qu'un peu bétonné n'est pas du tout moche. Et la vallée de la Beeka verdoyante des champs et des vignobles est très jolie. En parlant de vignoble le vin libanais est aussi très bon.
Revenir m'installer ici durablement un jour ou l'autre est une chose que j'envisage et je ne pense pas être fou ou suicidaire.
Enfin, que cela soit dit: les libanaises sont des bombes atomiques, et aussi futile et frivole que cela puisse paraître si on doit garder un cliché sur le Liban je préfère celui là à celui d'un pays en ruine ravagé par la guerre.

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