mardi 16 novembre 2010

Léger gavage.

Grande soirée sur le toit samedi soir. Beaucoup de français, quelques libanais, tous en commun d'être à l'USJ. Peu de gens que je connais, les quelques de l'immeuble, des visages croisés ici et là. Très vite les groupes se forment, quasi-imperméables. Je suis pas le dernier à m'enfermer, à vrai dire j'ai pas vraiment envie de parler. Discussions avec Alex, Elsa, Lilly et Pierre-Nicolas autour de la bouteille de vodka que nous avons acheté en commun.
Je les aime bien ces quatre là, vraiment, sympathiques, pas prise de tête et pas occupés à systématiquement juger ce qui les entoure. J'aimerais que ce soit le cas de tout le monde, vraiment, mais chez beaucoup il y'a cette manie très iepienne (et aussi des étudiants en science po. des facs) de toujours chercher à discuter ce qui les entoure pour formuler quelques sentences définitives sur le Liban, les gens, Beyrouth, le 14 mars, le hezbollah, le drapeau français qui était sur le toit, et tout ce qui peut donner l'occasion de placer les mots colonialisme, sionisme, islam, communauté ou n'importe quoi qui donne l'impression qu'on est super intelligent. C'est assez insupportable.
D'autant plus quand la majorité de ces gens là passent la totalité de leur temps entre français, sans sortir du quartier ultra chrétien de forn el shebbak, si ce n'est pour remonter la rue de Damas jusqu'à leur fac. Mais c'est pas grave, il sont politologues, ils ont compris le Liban.
J'évite de boire, pas envie que ca m'embrouille l'esprit et que je finisse par me laisser aller en oubliant ce que je pense d'eux. C'est dans ces moments là qu'on mesure que le syndicalisme étudiant et la fréquentation de tous les gauchistes de Toulouse n'est pas une bonne école pour s'adapter au « monde normal », la plupart des paroles m'insupportent, aucune envie de sympathiser avec ces gens qui font leur études dans une université à 3000$ l'année et crachent sur le système français, forcément pourri, sclérosé et archaïque sur le grand marché de l'enseignement supérieur mondialisé.
Le lendemain je suis remonté boire un thé, j'ai disparu de la soirée bien avant la fin. Verre pété, bouteilles laissées par terre, mégots partout, verres en plastique qui jonchent le sol. Bref un lendemain de fête normal, à la différence qu'ici personne ne viendra faire le ménage si ce n'est le « concierge » libanais, qui parle pas français, et dont tout le monde semble se foutre. J'ai ramassé les bouteilles vides avec Alex, que certains n'apprécient pas car il met parfois les gens face à leur contradiction et pratique un humour noir, décalé et acide qui ne semble pas à la mode. En attendant on a tout mis en sac, renoncé a ramasser tous les mégots qui trainent autour d'un cendrier vide et rangé les meubles que le concierge vient de se faire chier à peindre mais ou on se fout de péter un bouteille de bière voire d'écraser une clope.
Par terre j'ai trouvé les restes d'un billet de 1000 livres, brulé. On peut se prendre la tête pendant 15 jours pour savoir si le fait de mettre un drapeau français sur le toit pendant une soirée c'est du néocolonialisme (un mot décidément à la mode), par contre bruler de la thune dans un pays ou les réfugiés palestiniens vivent dans des bidonvilles et ou pas mal de gens galèrent à bouffer ca n'a rien de choquant, on si amuse en fin de soirée, Gainsbourg avait tellement la classe. Ca m'a filé envie de gerber.
Je me rends compte en relisant que tout ça n'est pas très gai, plutôt amer, voire aigri. Ne vous inquiétez pas, je vais bien, j'aime toujours le Liban. C'est juste un gavage passager, une boule au ventre que j'avais besoin de faire passer. J'ai juste compris qu'il y avait des choses plus ou moins intéressantes, des gens que je fuyais en France et que bizarrement je retrouve au Liban. Quelques conclusions à en tirer. Les fêtes de français sur le toit de l'immeuble, c'est plus vraiment la peine.

1 commentaire:

  1. C'est la vie. Si les occidentaux comprenaient quelque chose aux autres, ça se saurait.
    C'est déjà bien que tu ne crois pas tout savoir sur le Liban. Tu reviendras avec une idée plus juste que le prêt à penser des IEP;
    A bientôt pour la suite.

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