vendredi 31 décembre 2010

Noël en Syrie.

Les fêtes, période particulière à l'étranger. La plupart des français sont au pays, les libanais sont en famille, et les quelques français qui comme moi sont restés là sont sensibles au coup de blues. Noël c'est le moment en famille, les retrouvailles, partager un repas avec tout le monde. La galère des cadeaux achetés dans la nuit qui tombe tôt, le marché de Noël au Capitole, avec le stand de charcuterie ou j'achète un assortiment tous les ans et les aligots-saucisses-vin chaud partagés avec les potes tellement emmitouflés dans leurs écharpes que ne dépassent que leurs nez.
Le manque se fait sentir. Les parents, ma frangine et son keum, Nadine, Dominique et les filles que je vois pas souvent même en France. Le sourire des petits devant le sapin pendant qu'on lutte avec la gueule de bois...
Puis le nouvel an, qui bien que beaucoup trop prévue pour être vraiment mythique est la soirée qu'on prépare avec les potes, ou on s'organise, on ritualise l'amitié en quelques sorte. Flash de l'an dernier, Marion et Paul à la gratte et les scandales de la rue ses Quêteurs.
Bref, pas facile facile d'être loin de la Garonne pour les fêtes. Tout le monde me manque méchamment. Aucune envie de me retrouver tout seul à Beyrouth à cogiter et travailler sur ma nouvelle le soir de Noël. Sylvain à un plan, partir en Syrie dans la famille d'un de ses collocs, Abdel Salam qui vit au sud du pays presque à la frontière Jordanienne. Hors des routes touristiques et des grandes villes Damas et Alep. Alors on trace, le 24 décembre dans l'aprem, en tee-shirt dans Beyrouth écrasée de chaleur c'est le départ. On traverse l'anti-liban, la chaine de montagne qui sépare les deux pays dans un mini-bus affrété par les habitants du village qui vivent à Beyrouth. Plusieurs heures de routes avant que le taxi nous pose devant une maison un peu à l'écart de l'agglomération, au milieu des champs d'oliviers. Il fait nuit noire pendant qu'on décharge nos sacs et arrive une petite gamine haute comme trois pommes dans un pyjama rose. Elle me tape dans la main. « A Salam Aleikoum ». Je me concentre pour pas laisser la pensée de mes neveux monter en moi et lui rends sont salut avec le meilleur arabe dont je suis capable. « A maleikoum Salam. »
On s'installe dans le salon, tapis et nombreux coussins sur lesquelss on s'affalent avec les cousins d'Abdel Salam et ses petits frères qui égrainent le nom de tous les footballeurs français qu'ils connaissent. Zizou a biensur leur préférence, et apprenant que Sylvain habite à Lyon lui demande si il connait Karim Benzema. Le foot et un langage international. Repas de fou pris en tailleur sur la tapis, on mange à se faire péter le bide, puis un thé bien chaud avant de dormir.
Le lendemain on boit le café devant la maison au soleil. Quelques jongles avec les gamins, longtemps que j'ai pas touché le ballon, je rouille. Un de frères, douze ans, à déjà un pied gauche plus soyeux que ne le sera jamais mon pied droit. On part faire le tour de village, les familles chrétiennes reçoivent pour Noël, on s'arrête dans toutes les maisons, cafés, gâteaux, thé et sourires. On doit être parmi les premiers occidentaux à passer dans le coin. On s'arrête à la terrasse d'une maison ou son rassemblés plusieurs hommes âgés, le keffieh sur la tête et le narghileh posé à leurs pieds. On s'assoit et Sylvain commence à discuter. Moins de 20 secondes après une phrase fuse et ils se lèvent tous pour partir. Je comprends qu'il s'est passé quelque chose. Sylvain m'explique plus tard qu'en apprenant qu'on est français un des vieux à dit « C'est avec des armes françaises qu'Israël à fait la guerre à la Syrie. ». On maudit tous les deux Marcel Dassaut et ses avions de chasse ainsi que Gouraud et le mandat français qui facilitent pas le contact. Plus tard en discutant avec avec le père d'un autre colloc de Sylvain on nous dira « Vous n'êtes pas responsables de l'occupation française, c'est du passé, et il faut faire la différence entre les gens et ceux qui les gouvernent. ».
L'aprem on va à la fête de l'école du village, on saisit pas bien pourquoi. On se retrouve assis au milieux de tous les gamins et des parents devant une pièce de théâtre que je ne comprends pas. Quand on essaye de sortir on nous explique que non, les français doivent rester à l'intérieur. Plus tard on apprend que pendant ce temps là dehors Abdel Salam et un autre mec se sont battus dehors pour une histoire de fille qu'on comprend pas vraiment. Retour chez Abdel Salam pour là soirée avec tous ses potes et le boulet du village tout content de nous montrer la croix gammée dessinée au stylo sur sa main sous le regard affligé des autres qui s'excuse dès qu'il est parti.
Le lendemain on se rend dans la ville d'a coté pour aller voir un autre des collocs de Sylvain, Rafat. A nouveaux reçus dans la famille, rencontre avec le père, l'oncle et tous les cousins. A nouveaux repas de fou et on mesure à quel point l'hospitalité et une valeur forte ici, on est accueillis comme des rois, j'oublierais jamais ça. On peut rien toucher, rien faire, même pas empiler les assiettes à la fin du repas ou plier nos couvertures le matin. Les invités ne doivent surtout rien avoir a faire.
Road trip à trois sur des motos chinoises dans la campagne. Easy Rider syrien. Jusqu'à une vallée ou la famille cultive oliviers et orangers. C'est magnifique, trouée verte au milieux du paysage aride. On mange les fruits direct sur l'arbre. C'est que du bonheur. Je mitraille le paysage alentour pendant qu'on m'explique que la rivière qui prend sa source ici va jusqu'en Palestine (car ici on ne dit jamais Israël). Ils roulent comme des barjots, mais on est encore un peu trop occidental pour qu'on nous laisse conduire. Couché de soleil au bord d'un lac artificiel, réservoir d'eau pour les cultures. La nuit est belle et on fait un tour dans le village. Pause au cyber-café tenu par un cousin. Thé et narghileh. Demain on part à Damas, j'ai kiffé le séjour, mais je peux pas m'empêcher de remarquer qu'on n'a vu aucune femme, jamais, hors mis la petite soeur d'Abdel Salam. Toujours arrangé pour qu'on ne croise ni soeurs, ni mères. La bouffe, le café et le thé arrivent comme par magie. Je sais bien que c'est dans la culture mais j'ai quand même du mal avec ça...

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